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Théophile HUGON

THÉOPHILE HUGON

 

Théophile Hugon est maire de la commune de Vébron pendant la seconde guerre mondiale. Il n’a jamais signalé aucun juif dans sa commune aux autorités de Vichy. Comme un officiel s’étonnait de cette situation, il aurait fait la réponse suivante : « Voyez vous, à Vébron, nous avons une église et un temple. Les catholiques et les protestants, je peux les compter. Mais nous n’avons pas de synagogue  ». Avec le pasteur François Chazel,qui avait alors la charge de la paroisse protestante de Vébron-Rousses, il organise l’accueil de réfugiés juifs à Vébron. On répertorie aujourd’hui une soixantaine de Juifs cachés dans la région de Vébron-Rousses ( commune voisine, où  le maire Paul Gout, agriculteur du hameau de Montcamp, a un rôle équivalent dans la résistance civile). Aucune personne juive ne fut arrêtée ou même inquiétée par la police française ou la Gestapo, alors que trente-huit d’entre elles étaient de nationalité étrangère, ce qui les rendait particulièrement repérables et vulnérables ( selon Cévennes, terre de refuge 1940-1944, cinquième édition, 2012).

Théophile Hugon faisait partie, avec Paul Gout, d’une équipe de maires résistants parmi lesquels celui de Florac, le Docteur Maury, fut déporté et celui de Saint-Etienne-Vallée-Française, M. Laffont, passa dans la clandestinité dans les mois précédant la Libération. Théophile Hugon pouvait compter à la préfecture de la Lozère sur l’aide discrète mais efficace de l’un des collaborateurs immédiats du préfet, M. Agulhon, originaire du hameau de Carnac (commune de Rousses) et vice-président du conseil presbytéral de l’Eglise réformée de Mende. Même s’il ne s’engagea pas autant que le pasteur Chazel en faveur des Juifs, le curé de Vébron observa une neutralité qui ressemblait fort à de la complicité.

En 2011, une plaque fut apposée, à l’initiative du Club cévenol, et avec l’accord immédiat de la municipalité Alain Argilier, sur la façade de la mairie donnant sur la place du village. On peut lire: «Ici, au coeur des Cévennes, nombre de familles juives ont été accueillies au cours des années 1940. Formant une part importante de la population, elles ont trouvé refuge dans un pays qui puise le goût de la liberté dans sa mémoire huguenote». Deux plaques similaires furent apposées la même année dans deux autres villages-sauveurs des Cévennes lozériennes: Saint-Germain-de-Calberte et Vialas. Nous nous félicitons que cette plaque ait pu être apposée sur la maison commune, associant toute la population du village au sauvetage de Juifs, dans une marque de reconnaissance, non-dite certes, à la municipalité Théophile Hugon.

Le maire de Vébron, ancien instituteur du village, ancien combattant de la Grande Guerre, avait pris sa retraite avec sa femme, institutrice comme lui, au hameau de Racoules. Ils avaient fait construire une maison le long de la route nationale. Il y vivaient, au moment de la guerre, avec leur fille Paulette (devenue madame Domergue). Il avait une forte autorité morale sur ses anciens élèves et leur famille, ce qui favorisa le déroulement sans accidents de l’opération de camouflage des Juifs à Vébron. Il était un républicain, de mouvance politique SFIO. Il avait été l’adjoint à la municipalité de Paul Lestrade, et travailla beaucoup avec lui pour faire aboutir les dossiers de l’électricité et des adductions d’eau, et il lui succéda en tant que maire avant la guerre.

Théophile Hugon cultivait l’art de délivrer de faux papiers. A un réfugié, qui lui présentait sa carte d’identité authentique, marquée du tampon «Juif», il déclara tout de suite: «Vous n’allez pas garder ça !» En une heure, l’intéressé et sa famille avaient changé de nom et de prénoms. Sa technique d’établissement de fausses cartes d’identité était très personnelle. Il employait le tampon ordinaire de la mairie de Vébron , mais pour rendre illisible le nom de la commune, il interposait une feuille de papier à cigarette entre tampon et carte, de façon à provoquer une bavure.

 

(Chronique proposée avec la collaboration de notre correspondant Gérard Doutres)